Marguerite THEBOLD 

Grand Prix du Salon de l'Enfance

Paris le 11 juin 1964

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Grand Prix du Salon de l'Enfance vu par elle-même.

 

Depuis 8 jours je suis à Paris et j'attends avec des serrements au coeur !!!

Vendredi à 15H, on a téléphoné pour moi de la part du Salon de l'Enfance. Je rappelle Mr. Denanoy, mais il est absent. J'essaye trois fois sans résultat. Enfin après 17H, il m'appelle pour me dire que j'ai beaucoup de chance: "Toutes les fillettes ont un véritable engouement pour votre Manuela. (...)Toutefois, n'en parler encore à personne, il peut se faire un revirement inattendu.(...) Lundi matin,notre attachée de presse vous fixera un rendez-vous." Joie, en même temps qu'incertitude et doute.

Le samedi, je vais voir un film anglais avec une amie et dimanche, je vais au théâtre, seule, pour ne pas penser sans cesse à ce point d'interrogation. Quel suspense!!!

Lundi matin, Mr. Mirman me téléphone, très cordial!

Mardi après-midi,je vais au siège du Salon de l'Enfance, et j'y rencontre Mr. Mirman et l'attachée de presse. Interview!

Mercredi matin, coiffeur.

Mercredi après-midi, se passe à m'interroger sur l'avenir tout proche du lendemain. Les points d'interrogations s'accumulent.

Jeudi 11 juin. Enfin! Réveil à 7H30. Pendant toute la matinée le téléphone sonne à plusieurs reprises, mais c'est des appels pour les amis qui me loge. Et si on ne me téléphonait pas? A 11H30,le téléphone sonne. Je décroche. La voix d'une téléphoniste:"Ne quittez pas, on vous parle". Battements de coeur de plus en plus précipités. La voix de Mr. Denanoy, suave, aimable:"Prenez un taxi, chère Madame, on vous attend avec impatience". Je peux à peine répondre: "Mais alors,c'est fait, j'ai le prix? " - " Oui, vous l'avez et je vous en félicite". Je téléphone à  Albert (NDRL:son mari) et je prépare un télégramme pour Anny (NDLR: sa fille ainée), puis je me mets en route.

A la station de taxi, j'attends quelques minutes. Je n'ai plus de battement de coeur. Je suis même calme, mais étonnée. Est-ce possible? Il n'y a pas d'erreur? C'est à moi que ces choses-là arrivent? Presque incroyable! Albert, au téléphone, lui aussi: "Sensationnel! Merveilleux! Alors, c'est donc vrai?".

Le taxi arrive! Je bavarde. Je me sens euphorique. Tout le monde a une bonne tête ce matin! Le ciel est tout bleu, le soleil brille, Paris est magnifique!Et voici le Bois de Boulogne. Après des allées et venues sans trouver le Pavillon d'Armenonville, nous y voici. Il est caché par de grands arbres. Mr. Denanoy arpente le hall. Il me voit, me fait un signe de la main et court avertir, je ne sais qui.

Maintenant, je sais qui... Il s'agissait d'une dizaine au moins de journalistes et d'envoyés des radios et de la télévision. (NDLR: En 1964,il n'existait qu'une chaîne de télévision en France.) Je pénètre dans un hôtel et sors dans le jardin où a lieu la réception. Une grande femme maigre se précipite vers moi et m'interpelle: "Je suis du Figaro. Donnez-moi vos impressions. Est-ce votre premier livre? De quoi traite-t-il?" Je réponds sans bafouiller, tandis que l'on m'entraîne vers le gros de la troupe, armé de caméras, de flashs etc. Et les questions fusent toutes en même temps et les ordres se croisent: " Souriez, par ici... S'il vous plait...  Voulez-vous, vous asseoir... Souriez!

Je suis entourée par mon Jury: Onze fillettes dont l'aînée à 14 ans 1/2, elle me regarde avec une vive admiration, elle a de grands yeux fidèles. Les plus petites, jacassent, répondent aussi aux journalistes. J'entends des questions, des réponses:

" - Pourquoi avez-vous choisi ce roman plutôt qu'un autre de ceux que qui vous avaient été présentes?

- Parce que  Manuela est une fille comme nous, de chez nous. Elle fait des choses que l'on aimeraient faire aussi nous mêmes. Elle a des aventures, mais rien de farfelu, tout pourrait arriver. C'est vrai, Manuela est une chic fille."

Je suis interviewée par tous ces journalistes et j'entends les fatidiques 5...4...3...2...1... et je parle, je parle! C'est extraordinaire de pouvoir parler avec se calme étonnant, alors que j'étais si énervée durant ces derniers huit jours. Par moments, je pense tout bas: "Est-ce bien moi, Marguerite?" Je me sens grisée, mais lucide. Je sais que tout cela est nécessaire aux journalistes, cela leur fait un papier!

Puis, après l'agitation, une sorte de calme. Une femme me demande de parler en langue allemande. Je m'exécute tant bien que mal. Enfin, les journalistes s'en vont. Je suis là avec les fillettes et Mr Denanoy qui m'apporte une coupe de champagne. J'y trempe mes lèvres. Une femme , l'air bizarre, agitée, s'approche, me dit qu'elle est journaliste, me pose quelques questions, et en même temps, prend ma coupe de champagne presque pleine et la vide d'un trait. Elle s'éloigne. J'ai envie de rire!

J'ai oublié de noter qu'à mon arrivée tout à l'heure, un monsieur très cérémonieux m'a tendu un papier en me disant quelque chose comme: "Félicitations, hommages..." Tandis qu'on me soufflait: "C'est Mr le Ministre Bernard Lafay..." Photographes,... Sourires. On recommence. Sourires... Le papier que je tiens à la main, c'est le chèque, il est plié. Je remercie "Monsieur le Ministre" et les flashs recommencent.

Ensuite, on se dirige vers les tables préparées près d'un ravissant étang où nagent quelques cygnes. Les fillettes bavardent avec moi, me demande une suite à Manuela, désirent qu'elle se marie... avec Michel. Elles me répètent pourquoi elles ont aimé Manuela: simplicité, courage et amour pour son petit frère.

Le repas est excellent. Je suis assise à coté de Mr. Denanoy et d'un avocat, celui qui est trésorier au Salon de l'Enfance et qui a signé le chèque.

Bavardages divers, je vais souvent auprès de la tables des fillettes. Elles sont franches, directes, n'ont pas peur de parler, sauf la grande, la présidente du jury, qui m'avoue que ce sont les plus âgées qui ont fait pencher la balance pour Manuela.

Puis, c'est le départ, on me prédit que je gagnerai beaucoup d'argent avec ce livre quand il sera imprimé (Voir note), qu'il y aura des masses de traductions. On verra! Taxi, Je vais chez une amie, il faut que je parle à quelqu'un. Puis le soir, je téléphone à Strasbourg.

Le lendemain vendredi, je vais chez Hachette. Mr Mirman me reçoit avec un sourire à sens un peu particulier. Il me remercie d'avoir indiqué la maison Hachette: "Nous vous sommes infiniment reconnaissants." Il est détendu, charmant. Je ne l'ai jamais vu comme cela..., Jamais!

Samedi, je rentre à la maison. De temps en temps, je me dis que c'est bien vrai, que c'est moi qui ai eu le Prix. Et que c'est pour Manuela!! Grande joie à la maison, toute fleurie. Albert, Évelyne et Paul (NDRL: sa deuxième fille et son mari) me fêtent comme une héroïne. J'avoue que je reste toujours un peu étonnée... comme si j'étais quelqu'un d'autre. Et puis, tout rentre dans l'ordre. Je lis les comptes-rendus dans les journaux, je les découpe et les colle. Et puis, je tourne la page.

 

Maintenant, il faut recommencer à travailler!

 

Note: Manuela a été présenté sous forme de manuscrit anonyme au jury . La publication a eu lieu après la remise du Grand Prix du Salon de l'Enfance

Avertissement du webmaster; ce texte est issu d'un document original qui a été recopié pour les besoins de publication WEB, en raison de sa très mauvaise qualité.

 

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